Christelle Plana

J’ai toujours été passionnée par mon métier.

Je suis sapeur-pompier professionnelle, rentrée au bas de l’échelle, j’ai progressé au gré de mes envies jusqu’au grade de capitaine que je porte aujourd’hui.

Dotée d’une conscience professionnelle hors norme, marquée au fer rouge par la valeur travail, une définition du travail remplie de douleur (le vrai travail c’est le travail difficile et il faut en baver, sinon c’est qu’on ne fait rien), perfectionniste à souhait, toujours prête à aider les autres -empathie oblige, avec une motivation permanente à faire évoluer les situations, à m’améliorer.

Je ne savais pas que je cochais toutes les cases du portrait type de la parfaite candidate au burn-out.

Le poste de ma carrière s’est présenté à moi.

Mise à disposition dans une entreprise privée, je suis cheffe de centre de secours, responsable sécurité et je fais partie du comité de direction.

J’ai 2 services à gérer, soit 40 personnes et 3 missions essentielles au fonctionnement de l’entreprise.

Auparavant, il y avait 2 personnes pour tenir toutes ces fonctions.

Désormais il n’y en a qu’une : moi.

A mon arrivée, il y a 3 ans de retard car le responsable n’a pas été remplacé et les audits arrivent et je ne suis même pas formée.

Ce poste passionnant devient très vite un enfer et je bascule dans un stress chronique au bout de 6 mois.

Je passe d’une tâche à l’autre en permanence, termine mes dossiers et réponds aux sollicitations de mes équipes sans relâche .

Je deviens agressive, mes nuits sont de plus en plus courtes, j’ai des trous de mémoire de plus en plus fréquents, des maux de tête et de dos réguliers, des troubles de l’appétit.

Petit à petit, je ramène du travail chez moi et arrive au bureau de plus en plus tôt le matin (5h).

Je ne fais plus de pause et mes week-ends, et même mes vacances, ne suffisent plus à récupérer.

Bien sûr, de tout cela, je n’en ai pas conscience.

Il me faudra 6 mois d’arrêt de travail pour commencer à le réaliser.

Je suis tombée sur le front du burn-out le 4 octobre 2021.

Mon cerveau a fait un blackout complet.

Perdue dans mon bureau, mes yeux voyaient sans voir et les mots que je lisais n’avaient aucun sens.

Puis mon corps s’est bloqué : crise de sciatique et effondrement physique.

J’ai passé 3 mois à naviguer entre mon lit et mon canapé distants de 10 mètres.

J’étais une morte-vivante.

Le pire a été le déni dans lequel je me trouvais à ce moment-là.

Lorsque le médecin m’a dit que j’étais en burn-out, je ne l’ai pas cru.

Tout ça n’avait aucun sens !! Moi si forte, en burn-out ? N’importe quoi !!

Ma chute a été encore plus dure au niveau de l’ego quand j’ai pris conscience que c’était vrai.

J’étais en burn-out, un burn-out fracassant qui a ruiné mon être en une fraction de seconde.

Je n’avais plus d’énergie, plus d’émotion, plus d’envie, et je ne savais plus qui j’étais.

Mon cœur battait, c’est tout.

Mes clés pour m’en sortir :

  • Comprendre que moi seule pourrait me sauver,
  • Cesser de jouer les victimes et prendre mes responsabilités pour me sortir de cette glue
  • Accepter que personne ne puisse me comprendre, même ceux qui m’aiment
  • Me faire accompagner par le médecin, le psychologue et un coach pour me reconstruire
  • Aller marcher et prendre le temps nécessaire
  • Et chaque jour, faire un pas de plus vers ma guérison.

J’ai repris mon travail au bout d’un an mais pas au même endroit car le poste était néfaste pour ma santé et aucun aménagement n’a été proposé.

J’ai passé un an à temps partiel thérapeutique avant de reprendre à temps complet.

Le chemin se poursuit et je reste vigilante.

Je connais mes limites et mon corps se rappelle à moi quand je les dépasse.

Non, le burn-out n’est pas une simple fatigue !

Il y a beaucoup de souffrance derrière cet épuisement et un être à reconstruire.

Le chemin est long et douloureux mais il permet d’apprendre à se connaître, se respecter et équilibrer vie personnelle et professionnelle.

La question la plus percutante qu’il m’a été donnée de me poser pour me reconstruire a été : “Qui suis-je lorsque je ne travaille pas?”

Ce burn-out est un cadeau pour ma vie.

Je ne l’ai pas vu de suite car il a d’abord fallu ouvrir le paquet…

Christelle Plana

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