Le Ministère du Travail définit les risques psychosociaux comme « un risque pour la santé physique et mentale des travailleurs. Leurs causes sont à rechercher à la fois dans les conditions d’emploi, les facteurs liés à l’organisation du travail et aux relations de travail. Ils peuvent concerner toutes les entreprises quel que soient leur taille et leur secteur d’activité. »
De plus, une enquête de la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (Dares) pour l’INRS (2016-2019) a révélé, entre autres chiffres, que 45 % des actifs français ont déclaré en 2019 devoir (toujours, souvent) se dépêcher et 30 % auraient subi, en 2016, un comportement hostile dans le cadre de leur travail au cours des 12 derniers mois.
En rappelant que « la prise en compte des risques psychosociaux est devenue incontournable », l’Institut national de recherche et de sécurité définit clairement les RPS comme « des situations de travail où sont présents, combinés ou non :
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- Du stress : déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes de son environnement de travail et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face.[2]
- Des violences internes commises au sein de l’entreprise par des salariés : harcèlement moral ou sexuel, conflits exacerbés entre des personnes ou entre des équipes.
- Des violences externes commises sur des salariés par des personnes externes à l’entreprise (insultes, menaces, agressions…). Ce sont des risques qui peuvent être induits par l’activité elle-même ou générés par l’organisation et les relations de travail.[3] »
On retiendra également comme définition de référence celle du rapport du collège d’experts présidé par le sociologue et statisticien Michel Gollac :[4] les risques psychosociaux sont « les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental. »
Pour autant, malgré cette tentative de cadrage, la définition des RPS n’est ni aisée ni stable comme nous le rappelle Tarik Chakor, Maître de Conférence à l’Université Savoie Mont Blanc. « La définition des RPS n’est pas totalement stable : en effet, ce phénomène est souvent défini empiriquement par une liste, impliquant des concepts flous et poreux, mêlant causes et conséquences : stress, fatigue, Burn out, dépression, souffrance, violences internes et externes, harcèlement moral, voire suicide.
En regroupant sous le même vocable des réalités très diverses, les RPS empêchent tout consensus et tout compromis évident.[5] » Cette absence de stabilité mise en avant par T. Chakor complexifie la compréhension de ces phénomènes.
Les RPS se situent entre la vie personnelle et professionnelle, impliquant des aspects personnels et professionnels qui rendent difficile l’identification précise de l’origine du mal-être.
La diversité des causes et des effets des RPS, en fonction des situations professionnelles et des individus, contribue à cette confusion.
En milieu professionnel, « l’absence de relation univoque de cause à effet, liant causalement une situation de danger a des effets pathogènes sur la santé des salariés, empêche toute généralisation de la logique d’occurrence et l’établissement d’un modèle de compréhension classique (un risque/un effet). »
De même, chaque individu réagit différemment à des situations similaires et il se peut que sur une situation identique, une même personne adopte une réaction différente selon le moment de sa vie.
Cette pluralité de situations crée une grande confusion et complique l’appréhension des RPS et donc, a priori, le choix d’un dispositif d’intervention uniforme pour leur prévention…
[3] INRS, Risques psychosociaux (RPS). Ce qu’il faut retenir [En ligne], mis à jour le 08 novembre 2021, consulté le 18 décembre 2023. URL : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html
[4] Askenazy, P., Baudelot, C., Brochard, P., Brun, J. P., Cases, C., Davezies, P., Gollac, M. (Dir.)… & Weill-Fassina, A. (2011). Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser. Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, faisant suite à la demande du Ministre du travail, de l’emploi et de la santé, p.13.
[5] Chakor, T. (2015), « Généalogie des risques psychosociaux au travail : un phénomène au cœur d’une tension politique », Économies et Sociétés, Série « Études Critiques en Management », KC, n°4, 2/2015, pp. 197-225.