Christelle Plana

Christelle Plana

Christelle Plana

J’ai toujours été passionnée par mon métier.

Je suis sapeur-pompier professionnelle, rentrée au bas de l’échelle, j’ai progressé au gré de mes envies jusqu’au grade de capitaine que je porte aujourd’hui.

Dotée d’une conscience professionnelle hors norme, marquée au fer rouge par la valeur travail, une définition du travail remplie de douleur (le vrai travail c’est le travail difficile et il faut en baver, sinon c’est qu’on ne fait rien), perfectionniste à souhait, toujours prête à aider les autres -empathie oblige, avec une motivation permanente à faire évoluer les situations, à m’améliorer.

Je ne savais pas que je cochais toutes les cases du portrait type de la parfaite candidate au burn-out.

Le poste de ma carrière s’est présenté à moi.

Mise à disposition dans une entreprise privée, je suis cheffe de centre de secours, responsable sécurité et je fais partie du comité de direction.

J’ai 2 services à gérer, soit 40 personnes et 3 missions essentielles au fonctionnement de l’entreprise.

Auparavant, il y avait 2 personnes pour tenir toutes ces fonctions.

Désormais il n’y en a qu’une : moi.

A mon arrivée, il y a 3 ans de retard car le responsable n’a pas été remplacé et les audits arrivent et je ne suis même pas formée.

Ce poste passionnant devient très vite un enfer et je bascule dans un stress chronique au bout de 6 mois.

Je passe d’une tâche à l’autre en permanence, termine mes dossiers et réponds aux sollicitations de mes équipes sans relâche .

Je deviens agressive, mes nuits sont de plus en plus courtes, j’ai des trous de mémoire de plus en plus fréquents, des maux de tête et de dos réguliers, des troubles de l’appétit.

Petit à petit, je ramène du travail chez moi et arrive au bureau de plus en plus tôt le matin (5h).

Je ne fais plus de pause et mes week-ends, et même mes vacances, ne suffisent plus à récupérer.

Bien sûr, de tout cela, je n’en ai pas conscience.

Il me faudra 6 mois d’arrêt de travail pour commencer à le réaliser.

Je suis tombée sur le front du burn-out le 4 octobre 2021.

Mon cerveau a fait un blackout complet.

Perdue dans mon bureau, mes yeux voyaient sans voir et les mots que je lisais n’avaient aucun sens.

Puis mon corps s’est bloqué : crise de sciatique et effondrement physique.

J’ai passé 3 mois à naviguer entre mon lit et mon canapé distants de 10 mètres.

J’étais une morte-vivante.

Le pire a été le déni dans lequel je me trouvais à ce moment-là.

Lorsque le médecin m’a dit que j’étais en burn-out, je ne l’ai pas cru.

Tout ça n’avait aucun sens !! Moi si forte, en burn-out ? N’importe quoi !!

Ma chute a été encore plus dure au niveau de l’ego quand j’ai pris conscience que c’était vrai.

J’étais en burn-out, un burn-out fracassant qui a ruiné mon être en une fraction de seconde.

Je n’avais plus d’énergie, plus d’émotion, plus d’envie, et je ne savais plus qui j’étais.

Mon cœur battait, c’est tout.

Mes clés pour m’en sortir :

  • Comprendre que moi seule pourrait me sauver,
  • Cesser de jouer les victimes et prendre mes responsabilités pour me sortir de cette glue
  • Accepter que personne ne puisse me comprendre, même ceux qui m’aiment
  • Me faire accompagner par le médecin, le psychologue et un coach pour me reconstruire
  • Aller marcher et prendre le temps nécessaire
  • Et chaque jour, faire un pas de plus vers ma guérison.

J’ai repris mon travail au bout d’un an mais pas au même endroit car le poste était néfaste pour ma santé et aucun aménagement n’a été proposé.

J’ai passé un an à temps partiel thérapeutique avant de reprendre à temps complet.

Le chemin se poursuit et je reste vigilante.

Je connais mes limites et mon corps se rappelle à moi quand je les dépasse.

Non, le burn-out n’est pas une simple fatigue !

Il y a beaucoup de souffrance derrière cet épuisement et un être à reconstruire.

Le chemin est long et douloureux mais il permet d’apprendre à se connaître, se respecter et équilibrer vie personnelle et professionnelle.

La question la plus percutante qu’il m’a été donnée de me poser pour me reconstruire a été : “Qui suis-je lorsque je ne travaille pas?”

Ce burn-out est un cadeau pour ma vie.

Je ne l’ai pas vu de suite car il a d’abord fallu ouvrir le paquet…

Christelle Plana

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Audrey Harel

Audrey Harel

Audrey Harel

Un matin en janvier 2017. 

Impossible de sortir de mon lit. 

Corps bloqué.  

“Burn out professionnel” écrira le médecin. 

Panique. 

Le Burn out, un épuisement, du repos, on recharge les batteries et hop, c’est réglé ? 

Non, le Burn out est un effondrement !  

Chute brutale, violente, tout s’écroule. 

Corps douloureux, cerveau en berne. 

Je n’étais plus qu’une plaie béante.  

Traversée du désert, noirceur. 

Une éternité passée sous ma couette, impossible d’affronter le monde, la vie. 

Des crises d’angoisse à la pelle. 

Le ventre noué, des nausées, à la seule évocation du travail.  

Un tsunami d’une violence indicible qui m’a clouée au sol, lacérant ma chair, brisant mon cerveau.  

La femme dite forte, efficace, très investie, l’animal social, a disparu du jour au lendemain.  

Très amaigrie, diminuée, QI de poisson rouge.  

Il a fallu reconstruire sur les ruines de mon moi dévasté. 

Puis retourner sur le lieu du crime, presque 3 ans plus tard. Progressivement.  

J’ai repris à temps plein depuis un an, soit presque 5 ans après la chute. 

Séquelles cognitives difficiles à gérer, à accepter, grande fragilité, sensibilité exacerbée, m’accompagnent désormais. 

Et une RQTH en cadeau. 

Charge de travail inhumaine, maltraitance institutionnelle. 

En bonus un collègue toxique. 

Voilà le cocktail qui m’a brisée.  

J’ai réappris à vivre, je souris, mais la cicatrice ne disparaîtra pas.  

Non, ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas plus fort. 

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Maya

Témoignage 5

Chronique d’un burn-out annoncé.

Nous sommes en 2008. Maya est une jeune femme cadre de 38 ans, mariée avec 2 enfants. Elle est responsable d’un service de contrôle dans une banque belge et manage un service de 4 personnes depuis 8 ans. Elle gagne très bien sa vie et travaille en région parisienne.

Cette même année, l’affaire Lehman et la crise économique mondiale éclatent, entraînant la faillite de son entreprise. Après de nombreux mois d’incertitude, c’est finalement un grand groupe bancaire français du CAC 40 qui rachète l’entreprise.

Les nouveaux dirigeants lui imposent alors d’intégrer le service dont elle avait la charge du contrôle depuis des années en tant qu’employée, alors qu’elle était chef de service. « Autant dire qu’ils m’attendaient avec un bazooka », se souvient-elle. Commence alors la descente aux enfers.

 

Les évaluations écrites en entretien annuel sont toujours positives. Mais à l’oral, c’est une tout autre histoire : « Tu as tenu les délais, mais tu aurais pu faire mieux » : « on te demande de tenir les délais, pas de faire de la qualité !» ; « Tu es trop bienveillante comme manager ». Elle ne se sent pas reconnue, se sent dénigrée, dévalorisée, ne parvient pas à s’intégrer, n’a aucune augmentation…

Les collaborateurs de l’ancienne structure partent les uns après les autres. Un dirigeant du nouveau groupe avouera des années plus tard : « On devait tout faire pour dégoûter les anciens absorbés et les pousser à la démission ».

Elle doit gravir à nouveau les échelons. Par chance, en 2013, celui qui était son manager dans son ancienne entité devient son manager dans la nouvelle. Elle se dit que les choses vont s’améliorer. En effet, au début, il lui redonne des responsabilités en lui confiant un service avec une nouvelle équipe et lui permet de mettre en place de nouvelles procédures. Mais au bout de 18 mois, il est en arrêt de travail pendant de longs mois. Verdict : épuisement.

Depuis son arrivée en 2010, elle a changé de managers tous les ans. « En 7 ans, j’ai eu 7 évaluations par 7 chefs différents ».

Le marché se tend. La cadence augmente, les délais raccourcissent. Les outils ne sont pas adaptés, tout se fait sur Excel où le risque d’erreur de saisie est grand. Les clients sont de plus en plus exigeants. Les réunions inutiles s’enchaînent et sont chronophages, contribuant à accumuler le retard.

 

Elle commence à se sentir très fatiguée, sans compter que son temps de trajet d’environ 1h30 par jour n’arrange rien.

Les arrêts maladie se succèdent au sein du service, mois après mois. La direction n’envisage aucun renfort. Alors forcément, il faut absorber la charge des absents.

« J’étais à 80%, mais en réalité je faisais au moins un 120% en 4 jours » ; comme la charge ne cesse d’augmenter, elle travaille le soir, le mercredi et le WE pour essayer de tenir les délais.

Puis vient la mise en place des fameux indicateurs de performance, des ratios de productivité mis en place sans concertation (qui ne tiennent pas compte de la difficulté du dossier de contrôle), des changements d’organisation (modification des circuits des procédures, nouveau logiciel à déployer, turn-over qui augmente…)

En 2014, elle s’arrête une première fois 15 jours aux alentours du mois de février. Puis elle recommence l’année suivante. Elle comprendra plus tard que c’est la période qui correspond au pic d’activité et à la fin des certifications.

En 2015, elle s’arrête 2 fois un mois. Comprenant que la situation devient difficilement tenable, elle demande une mobilité interne en janvier 2016 (changement de poste et changement de lieu géographique pour se rapprocher de chez elle). Elle change de poste en juin 2016 et travaille à 10 min de son domicile. Elle est de nouveau repositionnée en tant qu’employée et on lui impose de passer à 90% de son temps.

L’arrivée se passe bien avec une formation intensive ; sa mission est de participer à la création d’un service mais très vite elle subit un écart de vision qui a lieu entre ses deux supérieurs sur la façon de faire, et subit ordre et contre-ordre.

“C’est comme si mon cerveau avait disjoncté”

Fin octobre 2016 elle part en congés. Elle profite à peine de ses vacances : fatigue chronique, inertie, cerveau « qui bug »… Le 2/11/2016, jour de reprise, elle se sent incapable de retourner travailler. Elle y retourne tant bien que mal. A peine arrivée, son chef lui demande de le rejoindre : « au prix où tu es payée, j’aimerais que tu travailles plus. Et au fait, je voudrais que tu changes les conclusions de ton dernier dossier ». Pour elle, c’est la goutte d’eau. Elle se souvient d’une « disjonction » dans son cerveau. Elle n’entend plus ce que son chef lui dit. « Je retourne à mon poste, je reste assise une demi-heure face à mon écran, sans bouger. Je décide de rentrer chez moi et prends la voiture machinalement, avec l’envie d’en finir. Je veux mourir. Je veux disparaître. Je ne sais pas comment je suis rentrée chez moi ».

Le soir, son mari lui intime l’ordre d’aller voir son médecin, qui lui dit « madame, je crois qu’on y est cette fois, vous n’allez pas pouvoir retourner au travail avant un très long moment ». Elle lui prescrit un suivi psychiatrique qu’elle commence en décembre 2016. Cocktail d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et de somnifères.

Pendant 4 mois, elle ne fait que pleurer et dormir. Pendant presque 3 ans, elle aura des nausées chaque fois qu’elle passera à proximité de son ancien lieu de travail ou de toute agence bancaire portant le logo de son ancienne entreprise.

En mars 2017, elle est convoquée par la sécurité sociale, qui lui suggère de prendre contact avec sa médecine du travail ; celle-ci lui déconseille de reprendre son poste ; elle entame (sur les conseils de son avocate) une procédure de licenciement pour inaptitude. Elle prend alors conscience qu’elle ne retournera plus à son travail. Sentiments de peur et de soulagement mêlés.

Elle met 9 mois à ‘digérer’ ; certes, elle avait une porte de sortie, mais elle a mal vécu cette ‘sortie’. « J’avais honte de ne pas avoir réussi à tenir, j’avais le sentiment d’être une merde ».

Elle reçoit sa lettre de licenciement le 28/7/2017. Un énorme soulagement ! Son sentiment de colère, d’injustice et son besoin de réparation s’apaisent.

Puis c’est la peur de l’avenir. Il faut s’inscrire à Pôle Emploi, elle qui n’a jamais connu un seul jour de chômage de sa vie. Elle s’y inscrit l’été 2017.

« J’ai un Bac+4, j’avais un bon boulot…un excellent salaire acquis grâce à mon ancienne entreprise, je ne supportais pas l’idée de vivre aux crochets de la société ».

Avec sa conseillère, elle entame une réflexion sur le sens de son job. Elle comprend qu’elle ne l’a jamais exercé par plaisir, qu’elle considère sa vie professionnelle comme un devoir, quelque chose d’alimentaire. Elle opère un recentrage. Ce sera le secteur médico-social qui l’a toujours attirée et la comptabilité, ses premières amours.

Elle rumine jusqu’en janvier 2018, où elle se sent prête à reprendre une activité. Elle se lance dans des cours de comptabilité par correspondance et trouve en avril un emploi de comptable à mi-temps. Et elle accepte de diviser par 3 son salaire

“J’avais l’impression d’être passée d’une Ferrari à une 2 CV”

Les 2 premiers mois de reprise sont très durs : « je n’arrivais plus à me concentrer longtemps. J’avais des problèmes pour mémoriser, et quand on me parlait je sentais que je ne parvenais pas à maintenir mon attention très longtemps ». Elle a peur de ne pas réussir à tenir le poste. « J’avais l’impression d’être passée d’une Ferrari à une 2 CV. Aujourd’hui encore je n’ai pas récupéré toutes mes facultés ». Peu à peu, elle reprend confiance et le temps fait son effet.

Où en es-tu aujourd’hui ?

« Depuis l’été 2018, je me sens un peu mieux. Avec le recul, je me dis que finalement, ça a bien fait de m’arriver. Je pense que le burnout m’a sauvée du suicide ».

Pour autant, elle ne sent pas encore capable de reprendre un emploi à temps plein :

« Je me sens très vite débordée. J’ai parfois des crises d’angoisse quand je me sens dépassée où quand je revis des scènes ou que je t’entends des propos qui me rappellent mon ancienne vie ».

Avec le recul, quels signaux d’alerte n’as-tu pas perçus ? Ou ne voulais-tu pas voir ?

« Les 2/3 années précédant mon burnout, je voyais bien que je perdais beaucoup plus vite patience. J’étais sans arrêt fatiguée. Ma consommation d’alcool augmentait.

Je répétais sans cesse (aux autres et à moi-même) « ça va aller » ! Mais ça allait de mal en pis. Problèmes récurrents de sommeil, au début le dimanche soir, puis après tous les soirs…

Je n’avais aucune déconnexion pendant mes congés : je recevais des appels téléphoniques, je me connectais régulièrement à ma messagerie. Et quand je rentrais de congés, je me sentais autant fatiguée qu’avant de partir.

Et puis, j’avais l’habitude de déjeuner avec l’équipe. La fréquence s’est réduite, puis c’était un sandwich devant l’ordinateur pour gagner du temps. Jusqu’à sauter des repas.

Entre 2014 et 2016, je ne compte plus le nombre de migraines et de sciatiques que j’ai eues.

Enfin, une prise de sang il y a quelques années avait déjà révélé que mon taux de cortisol avait fortement augmenté. Mon médecin n’y avait pas prêté attention à l’époque. Lors d’une nouvelle prise de sang début 2018, le taux avait explosé les seuils”. [NDLR : le cortisol, souvent appelée ‘l’hormone du stress’, est une hormone qui, si elle est secrétée de manière excessive et prolongée, a des effets néfastes sur la santé, comme la dégradation de la mémoire et des capacités d’apprentissage].

A ton avis, qu’est-ce qui t’a amenée à cette situation ?

« En premier lieu, je dirais mon perfectionnisme ; je voulais être une salariée modèle, d’une loyauté à toute épreuve, avec un fort sens du devoir, voire du sacrifice. « On peut toujours mieux faire » était ma devise ! Et puis mon manque de confiance en moi faisait que j’avais un grand besoin de reconnaissance.

J’avais également (et j’ai toujours un peu !) une croyance que s’écouter, c’est être égoïste.

Ensuite, ma difficulté à exprimer mes émotions. Je gardais tout pour moi, je ne me confiais à personne, pas même à mon mari (ou tout du moins il avait la version édulcorée), qui avait lui-même aussi des soucis professionnels. Après tout, c’étaient MES problèmes et donc c’était à moi seule de les gérer.

Enfin, mon incapacité à dire non, à poser des limites. Est-ce que j’aurais pu alerter ma hiérarchie quand ma charge de travail a considérablement augmenté ? Impensable à l’époque ! J’avais trop peur du regard des autres : ils vont penser que je ne suis pas fiable, que je ne résiste pas à la pression, que je ne suis pas capable… j’avais peur d’être rejetée. J’étais en plus une salariée de l’entité absorbée … une étiquette dans le dos que le temps n’efface pas ».

A quoi es-tu particulièrement vigilante depuis cette expérience ?

« Aujourd’hui, je veille tant bien que mal à me réserver des soupapes de décompression (comme une heure de lecture, un bon bain, une balade…), peu importe du moment que c’est du temps pour moi !

J’essaie d’exprimer davantage ce que je ressens, si possible au moment où je le ressens, pour éviter de somatiser. J’ai compris que demander de l’aide n’était pas un signe de faiblesse, mais demande au contraire du courage. Donc je parle davantage à mon entourage.

J’apprends à dire non quand quelque chose ne me convient pas.

Et j’essaye d’écouter mon intuition et les messages que m’envoie mon corps …mais c’est encore difficile !»

Quel message as-tu envie de transmettre à nos lecteurs ?

« On ne sort pas indemne d’un burnout, les séquelles sont bien réelles. Il est possible de s’en relever, mais en étant différent ! Apprenez à vous écouter pour pouvoir vous arrêter à temps ! »

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Sarah (prénom modifié pour maintenir l’anonymat)

Je pense que témoigner de mon histoire pourrait parler aux jeunes et notamment aux étudiants en transition vers le monde professionnel. 

En effet, lors de ma dernière année de master universitaire j’ai vécu un burn out qui s’est déclaré un matin alors que je n’avais plus la motivation d’aller en cours. 

J’avais prévu de me rendre sur Paris pour voir une exposition. 

Lors de mon « voyage » en transport en commun, je suis debout. 

Je ressens de profond acouphènes, j’ai chaud d’un coup, mon ouïe se brouille. 

Je prie pour que le trajet se passe vite. 

Il me reste 15 minutes avant d’arriver à Gare du Nord. 

À peine arrivé, le train sonne l’ouverture des portes, je ne me vois pas marcher. 

Mon corps, les yeux fermés, me dirige vers le mur du quai que je prends à pleine joue. 

Je me retrouve ainsi au sol. 

Tétanisée et à bout de force. 

Je pleure. 

Je ne comprends pas ce qui m’arrive.

À partir de ce moment-là, des crises d’angoisses s’invitent chaque jour surtout pour aller à la fac. 

Je ne comprends pas ce que je fais là. 

J’ai envie d’arrêter mon master et de recommencer à zéro. 

Je vais voir une conseillère d’orientation et je lui raconte ce qui vient de se produire.

Elle me dit alors que tout cela est le résultat de mon stage que j’ai vécu intensément. 

Pendant 6 mois, j’ai travaillé 10h par jour. 

J’avais la sensation de m’épanouir pleinement sans m’arrêter. 

Le métro boulot dodo était devenu mon quotidien. 

Les petites maladies se sont multipliées, tout doucement par ci par là. 

Sans que j’y prête attention. 

6 mois après cette expérience, je me retrouvais tétanisée sur ce quai de Gare du Nord.

 

Je suis allée voir le psychologue de ma fac qui m’a appris à mettre des mots sur ce qui n’allait pas. 

Un travail thérapeutique a suivi son cours depuis. 

J’ai appris à décoder mon cerveau sur la vision du travail mais pas que. 

Aujourd’hui cela fait 4 ans que cet épisode est passé. 

Cependant, je revis des épuisements professionnels dès lors que je veux me prouver ma place. 

Je m’impose un rythme, une envie d’être la fille parfaite. 

Connaître ses limites, c’est le premier apprentissage que ce burn out m’a appris. 

Communiquer fut le second. 

Car même si l’entreprise a sa part de responsabilité, je pense qu’il est essentiellement lié à un modèle que l’on s’impose à soi-même. 

Le chemin est long mais le Burn out ouvre la porte à l’écoute de soi et à la reconstruction. 

Sans cet épisode, je ne serais pas devenue la même et je n’aurais pas appris à m’aimer, à me respecter et chérir mon corps.

Oui le Burn out arrive même à 22 ans. 

C’est quelque chose avec lequel on apprend chaque jour à composer pour ne pas retomber si bas.

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Pauline (prénom modifié pour maintenir l’anonymat)

En 2017 j’étais conseillère en insertion depuis 11 ans.

J’étais appréciée et mon travail me plaisait.

J’y faisais vivre mes valeurs.

Alors mon directeur m’a proposé de conduire un nouveau dispositif.

Tout était à faire et ça modifiait profondément mon cœur de métier.

Plus de responsabilités, c’était un défi que j’ai accepté.

Avec à la clé une promesse (verbale évidemment) d’évolution.

Car oui, pour le moment ce n’était pas possible de “monter en grade” mais j’avais droit à une prime en attendant (70€).

Bref, j’ai travaillé dur, et j’ai vite été débordée.

Je n’étais pas la seule, déjà bon nombre de syndicats de la branche tiraient la sonnette d’alarme .

J’ai alerté ma direction mais ils ont été sourds et aveugles.

Même mes collègues leur en parlaient car il voyait bien mon mal être.

Je n’en dormais plus, j’étais épuisée…

Et pas reconnue.

Pas d’augmentation, pas d’évolution…

J’ai craqué un jour alors que j’emmenais mon fils chez le médecin.

Ce dernier m’a demandé comment j’allais et j’ai éclaté en larmes.

Il m’a arrêtée une semaine.

J’ai consulté une psy que j’avais déjà vu.

Elle a mis le mot “burn-out” sur la table.

Je n’y croyais pas.

Pas moi, je suis psychologue de formation et tellement solide… 😅

Bref, j’ai été arrêtée 4 mois, j’ai enchaîné sur mes vacances d’été et je suis revenue.

Trop tôt.

Mal accueillie (“ça va” a été la seule phrase d’accueil avant de parler boulot comme si de rien n’était).

C’est moi qui ai dû demander la visite médicale de reprise, ainsi qu’un rdv avec la direction pour échanger sur la situation.

Durant cet entretien je parle de burn-out et mon directeur me coupe :”ça c’est vous qui le dites”.

J’ai dû sortir pleurer.

Mon état n’a jamais été reconnu, ni les signes d’alerte.

Ils m’ont même reproché de ne pas avoir expliqué clairement à quel point j’allais mal…

Bref, de personne de confiance je suis passée à l’employée qui se plaint.

Comme j’avais évoqué la trop forte charge de travail, il m’ont demandé de proposer une réorganisation.

J’ai dû y travailler seule.

Ils n’avaient rien pensé durant mon absence.

Puis peu à peu, sous couvert de me soulager on m’a enlevé des tâches que j’aimais le plus…

Ils ont vidé mon travail de son sens.

J’ai lentement glissé vers le bore-out…

Et comme je n’étais pas encore assez solide, ça ne pouvait pas s’améliorer.

Le confinement de 2020 a été un réel soulagement pour moi, c’est dire!

J’ai tenu encore mais je faisais vraiment le minimum, j’avais perdu “la flamme”.

Et puis la boule au ventre est devenue de plus en plus lourde.

Je n’arrivais plus à y aller…

Mon directeur cherchait tout le temps “la petite bête”, à la limite du harcèlement.

J’ai été arrêtée de nouveau.

Mais là c’était ma demande, je reconnaissais les signaux et je ne voulais plus que mon entourage et moi payons encore les pots cassés.

Et là j’ai consulté à “La maison de travail” où j’ai bénéficié d’une bonne prise en charge. Je déculpabilisais enfin.

Mon arrêt a duré un an cette fois.

Pour aboutir à une inaptitude au travail et un licenciement qui m’a soulagée.

Je n’ai plus de rancœur, je trouve juste hallucinant cette totale absence de remise en question. Sachant que depuis d’autres salariés ont été ou sont encore en arrêt…

Je me suis reconvertie à la sophrologie et je viens d’obtenir le titre.

Et j’ai dans l’idée d’aider aussi ceux qui traversent cette souffrance au travail 😊

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Louise

Il s’est passé tellement de choses durant cette année 2023 et à la fois, elle a été tellement vide.

2023 a été une année mise entre parenthèses à cause de mon burn-out.

Septembre 2022, retour de vacances, et début de formation pour un nouveau poste pour monter en grade.

A peine une semaine de formation, et je prends le train en marche à fond, persuadée que je peux tout gérer : mon poste de secrétaire, celui de gérante des véhicules de location, celui de comptable pour les impayés et mon nouveau poste en formation de réceptionnaire.

J’adore chaque facette de mon métier, même si y a des clients plus difficiles que d’autres, ça fait partie du jeu.

Je me donne à fond.

Novembre, je me sens complètement usée, je ne récupère plus même en dormant des heures et des heures.

Décembre, commencent les erreurs, les fautes d’orthographes, les oublis, les pleurs, les prises de tête, la susceptibilité, l’épuisement mais surtout LE DÉNI.

La fin d’année, c’est crucial, les clients ont besoin de leurs voitures, les comptables ont besoin du bilan de fin d’année, moi je suis dans l’attente de signer en janvier ce changement de poste.

Mi-décembre, les 1ères douleurs apparaissent : les cervicales.

Un vendredi, je ne peux plus tourner la tête.

Entre 12h et 14h, je file à l’ostéo en urgence.

A part me redonner un peu de mobilité, c’est la seule chose qu’il arrive à faire.

J’ai les cervicales inflammées.

Le lundi, j’y retourne, c’est pire.

Malheureusement, il pourra tout essayer, ça ne changera pas grand chose.

Mercredi, je vois ma kinésiologue à 10h30, elle me regarde dans les yeux et me dit “Louise, il est hors de question que tu retournes au boulot dans l’état que tu es. Tu es en train de t’écrouler.”

Et là, c’est le drame.

Je m’effondre.

Pendant 1h, je cherche un médecin en vain, je finis aux soins non-programmés de l’hôpital qui me prescrit une minerve, une écharpe pour le bras et 3jours d’arrêt.

Mes douleurs aux cervicales se sont étendues au dos.

Le lundi, incapable de retourner au boulot, je revois un autre médecin.

Une torture.

Elle me prend la tête et me la tourne d’un coup et me dit “bah vous voyez vous avez de la mobilité. Je vous mets 2 jours d’arrêt, mais c’est vraiment parce que vous venez pour ça (et elle me prescrit de la pommade…) !”

De là, j’abandonne les médecins, je retourne au boulot et je me dis, je tiendrais.

2 semaines s’écoulent et je prends rdv avec mon directeur pour avoir 1 semaine de vacances.

Et là, l’écroulement.

Le mercredi, j’arrive à voir un nouveau médecin, je m’effondre devant elle, je ne pouvais à peine marcher, j’avais horriblement mal partout…

Et là, elle me dit “mais vous êtes en dépression madame !”.

C’était la phrase de trop.

“Mais non, je ne suis pas dépression, je fais un Burn out, je suis au 3e médecin, ça fait des semaines que je souffre et personne ne fait rien.

J’en peux plus, je suis à bout, je souffre !!”

Et à partir du lundi suivant, j’ai été mise en arrêt toutes les semaines, ou tous les 15 jours et ça a duré 5 mois.

Je n’ai jamais eu d’arrêt d’un mois sauf quand mon directeur en a fait la demande en avril. Est-ce normal ?

Plongée dans les anxiolytiques et les antidépresseurs, mon nouveau médecin (le 4e) évoqué le fait de ne plus vouloir me prolonger mon arrêt alors que j’étais incapable de retourner travailler.

J’ai donc été voir la médecine du travail où je me suis faite engueulée parce qu’on ne m’avait jamais prescrite d’examens ou de prise de sang.

Et qu’il était hors de question que je reprenne le travail dans l’état que j’étais.

Difficile pour mon médecin d’entendre le discours de la médecine du travail.

J’ai donc pris la décision de faire une rupture conventionnelle pour me libérer des médecins.

Sauf que j’avais des effets secondaires des antidépresseurs que mon médecin ne voulait pas entendre.

Juin et juillet se sont conclus par une batterie d’examens et un changement d’antidépresseurs grâce à la psychiatre que j’avais pris l’initiative d’aller voir.

Et me voilà hypersensible à toutes substances chimiques, y compris les antidépresseurs.

J’ai arrêté les antidépresseurs en août et tout est rentré plus ou moins dans l’ordre.

Aujourd’hui, j’ai repris le travail depuis octobre, le moindre écart je le paye.

Le moindre stress me déclenche une nouvelle douleur.

En ce moment, ce sont soit les trapèzes soit les cervicales qui prennent.

Je ne suis plus suivie depuis août parce que mon burn-out m’a couté une blinde et j’ai épuisé toutes mes économies.

J’essaye d’écouter mon corps et de ne pas trop me surcharger mais c’est difficile quand le mental en veut beaucoup plus.

J’ai pour projet en janvier de commencer l’accompagnement RPBO pour ne pas reproduire le même schéma.

Louise 🙏

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